bir hakeim

Publié le par nc

En mai 1942, l'offensive allemande en Libye est relancée avec pour but final, la prise du canal de Suez. Cette offensive sera menée à bien jusqu'à la bataille de Bir Hakeim qui ruinera les ambitions de Rommel au Moyen-Orient.

Pour préparer cette offensive, Rommel peut compter sur de multiples sources de renseignements sur la situation de l'ennemi. L'Abwehr a réussi à déchiffrer les codes britanniques et peut décrypter les messages transmis aux attachés militaires américains qui regorgent de précisions sur le dispositif militaire britannique ; il a aussi infiltré un espion au Caire Rommel n'a pour cette offensive que 90 000 hommes et 575 panzers à opposer aux 100 000 hommes et 994 chars britanniques. Il choisit d'envelopper la ligne de front britannique par le sud et de remonter ensuite au nord de manière à séparer en deux la 8e armée britannique du général Ritchie. Le 26 mai 1942, Rommel lance son offensive, avec laquelle il espère atteindre le canal de Suez.

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Avec son aile gauche, composée des 10e et 21e corps italiens renforcés par la 15e brigade allemande d'infanterie, il déclenche une attaque frontale sur Gazala, sur la route côtière, en direction de Tobrouk, espérant ainsi y fixer l’essentiel des forces du Commonwealth. Mais, simultanément, il lance vers le sud, ses cinq meilleures divisions (la 15e Panzerdivision, la 21e Panzerdivision, la 90e division motorisée allemande, la division blindée Ariete et la division motorisée Trieste), en un mouvement tournant destiné à contourner la ligne fortifiée nord-sud des Britanniques, de façon à remonter ensuite vers le nord pour prendre à revers le gros des forces britanniques et les détruire dans la poche ainsi crée. pour pouvoir ensuite foncer sur l'Égypte. Le général Ritchie commandant la 8e armée britannique, convaincu que les Allemands attaqueront directement Tobrouk, a déployé le gros de ses forces face aux deux divisions italiennes, avec quatre divisions et deux brigades. Le flanc sud n'est couvert que par deux divisions et trois brigades dont la 1re brigade française libre, le piège semble vouloir se refermer sur la 8e armée.

La 1re brigade française libre commandée par le général Kœnig, est une unité assez hétérogène, formée au gré des ralliements successifs. Elle a un effectif de 3 700 hommes, répartis dans six bataillons: deux de légion étrangère, les 2e et 3e de la 13° DBLE , du colonel Prince Amilakvari ; les bataillons de l’Oubangui-Chari et du Pacifique forment, eux la demi-brigade de marche du colonel Roux ; celui de fusiliers marins du commandant d’Amyot d’Inville et celui d'infanterie de marine du commandant Savey. Le 1e régiment d’artillerie du colonel Laurent-Champrosay et plusieurs petites unités, comme la 22e compagnie nord-africaine du capitaine Lequesne et la 17e de sapeurs-mineurs du capitaine Desmaisons, les appuient.

Comme pour les troupes, l'armement est d'origine diverse et assez hétéroclite.

Kœnig divise le point d'appui en trois secteurs, défendus par trois des bataillons. Le 2e bataillon de la 13e DBLE tenant la façade Est. Le 3e en réserve, forme plusieurs groupes mobiles dotés de véhicules et de canons de 75 ou de 25 portés, disponibles pour mener des reconnaissances parfois lointaines à l’extérieur du réduit. Le système défensif emploie massivement les mines,

Dans la nuit du 26 mai 1942, Rommel devançant l’offensive planifiée par les Britanniques, passe le premier à l’attaque, les 15e et 21e divisions blindées, ainsi que la 90e division légère de l’Afrika Korps et les deux divisions du 20e Corps d’armée italien, la blindée Ariete et la motorisée Trieste, lancent le large mouvement de contournement prévu, au sud de Bir Hakeim.

Le 27 mai, à 9 heures, Rommel donne l'ordre au général Stefanis commandant de la division blindée italienne Ariete, d'attaquer Bir Hakeim par le sud-est.  Les bersaglieri qui tentent de débarquer de leurs camions pour soutenir la charge blindée sont contraints au repli par la violence du tir de barrage de l'artillerie française. Les blindés chargent courageusement, mais sans aucun appui et tentent de traverser le marais de mines. L'alerte est cependant très chaude car six d'entre eux parviennent à s'infiltrer à l'intérieur de la position française, malgré les mines et les antichars. Ils seront détruits à bout portant par les canons de 75 mm et leurs équipages seront capturés. Le capitaine Morel, chef de la 5e compagnie, bien que gardant son sang-froid, décide quand même de brûler son fanion et ses documents, croyant la situation désespérée.

Le reste des chars tente alors de déborder la résistance par le nord, mais ils tombent dans le champ de mines en V, qui protégeait ce flanc. Les Italiens finissent par se regrouper et se replier. Ils laissent trente-deux blindés sur le terrain et quatre-vingt-onze prisonniers . La division Ariete, a été réduite à trente-trois chars en quarante-cinq minutes, et doit cesser son attaque. Les Français, eux n'ont que deux blessés, un camion et un canon détruit.  La journée du 27 mai se termine sur un cuisant échec pour les forces de l'Axe localement, mais plus au nord, la 3e brigade indienne, elle, est anéantie et deux brigades britanniques, la 4e blindée et la 7e motorisée, bousculées, doivent se replier sur Bir El Gobi et El Adem, laissant Bir Hakeim isolé. Durant les journées du 28 et du 29, la Royal Air Force bombarde les alentours et la position de Bir Hakeim, s'en prenant aux carcasses de chars italiens. Le général Kœnig se voit donc forcé d'envoyer un détachement, sous les ordres du capitaine de Lamaze, pour incendier ces épaves, pour éloigner le risque de méprises.

Le lendemain, 30 mai, et le jour suivant, un calme relatif revient à Bir Hakeim, où ne se produit qu’une infiltration ennemie dans les champs de mines.

Quant à l’eau, elle menace de manquer à la suite de l’arrivée de six cent vingt soldats indiens assoiffés, capturés puis abandonnés par les forces de l’Axe en pleine offensive, et de la présence de deux cent quarante-trois prisonniers.

Le 31 mai, les cinquante camions de ravitaillement de la 101e compagnie automobile du capitaine Dulau, parviennent enfin à Bir Hakeim, avec leur cargaison d'eau. En repartant, le convoi, récupère les blessés graves et les bouches inutiles, Indiens et prisonniers ennemis. Un raid mené par le colonel Amilakvari destiné à nettoyer les alentours, avec les groupes mobiles Messmer, de Roux et de Sairigné, permet de détruire encore cinq chars ennemis et un atelier allemand de réparation de blindés. Le bilan de la brigade FFL depuis le 27 mai jusqu'au départ du convoi est de quarante et un chars détruits, quatre-vingt dix-huit prisonniers allemands et cent quarante-cinq italiens pour seulement deux morts et quatre blessés. Ce même 31 mai, les allemands sont forcés de reculer temporairement vers l'ouest suite à une contre-offensive de la 150e brigade britannique mais celle-ci est mise en pièces et, dès le lendemain, l'encerclement de Bir Hakeim est de nouveau en place.

En vérité, les succès de Rommel au nord, où les combats font rage, ont aussi affaibli les forces de l’Axe, car les Britanniques ont mis en œuvre leur supériorité numérique en chars. De plus la défense victorieuse de Bir Hakeim par les Français rend risqué le mouvement de contournement projeté par Rommel, malgré les coups sévères portés aux Britanniques, comme la destruction le 1er juin de leur 150e brigade d’Infanterie.  Après avoir renforcé les divisions italiennes de renforts de l’Afrika Korps pour appuyer leur attaque et fait bombarder à plusieurs reprises, le 1er juin, le camp retranché français, Rommel envoie contre cette place la division motorisée Trieste, la 90e division légère allemande et 3 régiments blindés de reconnaissance de la division Pavia. Elles arrivent le 2 juin devant le camp retranché.

La garnison de Bir Hakeim repère l’approche des unités ennemies à 8 heures du matin, les premières formations allemandes progressant vers le sud, tandis que les Italiens s’avancent au nord. Deux officiers italiens se présentent, à 10 heures 30 du matin devant les lignes du 2e bataillon de légionnaires étrangers, et demandent la reddition du camp retranché. Le général Kœnig rejette leur ultimatum.  La position est aussi continuellement pilonnée par les aviations allemande et italienne. Les Stukas allemands effectueront plus de vingt sorties de bombardement sur Bir Hakeim. L'armée britannique est incapable de soutenir la défense des Français, à l'exception d'une attaque, vite enrayée, le 2 juin contre la division Ariete. L'isolement de Kœnig est presque total.

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Le 3 juin, Rommel envoie un message écrit de sa main au général Kœnig pour demander la redition La seule réponse de la brigade FFL sera une salve de canon du 1er régiment d'artillerie qui détruira quelques camions allemands. Les 3 et 4 juin 1942, tous les assauts germano-italiens sont repoussés alors qu'ils sont précédés de tirs de canons de 105 mm et de bombardements.

le 9 juin À 17 heures, l'ordre d'évacuation arrive enfin aux Français. Dans la nuit, le général Kœnig précise les détails de sa sortie. Il demande la protection de la RAF et fixe l'heure du départ au lendemain, vers 23 heures. Il attend des Britanniques qu'ils préparent un point de recueil au sud-ouest de la position avec des moyens motorisés qui lui font défaut. Il faut néanmoins tenir encore le lendemain, et outre l'eau potable, la situation en munitions est critique
Au matin du 10 juin, le pilonnage de l'artillerie allemande reprend de plus belle et, à 13 heures, l'assaut est lancé sur le secteur tenu par le bataillon de marche de l'Oubangui-Chari et du 3e bataillon de la Légion étrangère. Il est précédé par une attaque de Stuka qui détruisent de nombreux équipements et sèment la confusion dans les rangs français. Les chars de la 15e Panzer et ses grenadiers sont bien près de percer le dispositif français, mais une contre-attaque des légionnaires de Messmer et des Bren-carriers du capitaine Lamaze, appuyé par les derniers obus de mortier, rétablit la situation. Une autre vague d'une centaine de bombardiers survient et l'attaque reprend. Mais, au bout de deux heures, les Allemands, démoralisés par le mordant de leurs adversaires, décident de remettre leur assaut au lendemain

La position ayant tenu, la sortie prévue va pouvoir avoir lieu. Cependant celle-ci ne va pas être sans difficulté, compte tenu de la situation de la 1re brigade. Le matériel lourd intransportable est détruit la nuit venue et le 2e bataillon étranger se prépare à foncer vers les britanniques de la 7e brigade motorisée britannique, à sept kilomètres de là au sud-ouest. Le déminage effectué par les sapeurs s'avère plus ardu que prévu et c'est avec plus d'une heure de retard que la 6e compagnie du capitaine Wagner sort du périmètre. De plus, seul un couloir étroit a été déminé. Une fusée éclairante dévoile alors le mouvement des Français et ceux-ci, comprenant que la réaction allemande ne va pas tarder, décident alors de foncer, comptant sur la faible densité de mines pour limiter les pertes. la plus grande partie de l'effectif de la brigade arrive à traverser l'encerclement, derrière la charge des véhicules et des hommes d'Amilakvari. Celui-ci, en compagnie du général Kœnig arrive à Gasr el Abid, après avoir risqué la capture en traversant en trombe un campement ennemi. Les Britanniques voient les premiers éléments français sous la conduite de l'aspirant Bellec, vers quatre heures du matin. Vers 8 h du matin, la majeure partie des hommes de la brigade FFL a réussi à rejoindre les lignes britanniques, en véhicule ou à pied. Les patrouilles britanniques recueilleront encore de nombreux isolés et égarés au cours de la journée.

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La sortie est un succès complet et Rommel, ignorant que la position de Bir Hakeim a été désertée pendant la nuit, lance un nouvel assaut, au matin. Ses hommes n'y découvriront que des cadavres ainsi que quelques blessés n'ayant pas réussi à fuir.

Du côté de l'Axe, les pertes sont lourdes, 3 300 hommes ont été tués, blessés ou ont disparu, 277 ont été fait prisonniers. 51 chars et 13 automitrailleuses, ainsi qu'une centaine de véhicules divers ont été détruits. La Luftwaffe, elle, a perdu 7 avions du fait de la DCA et 42 Stukas abattus par la RAF. Les pertes françaises sont comparativement beaucoup plus légères, avec 99 tués et 19 blessés, pendant le siège, et 41 tués, 210 blessés et 814 prisonniers, lors de la sortie. En outre pendant celle-ci 40 canons de 75, 5 de 47, 8 Bofors et une cinquantaine de véhicules divers ont été aussi perdus. Au total 2 619 hommes des FFL arriveront à rejoindre les lignes britanniques, sur les 3 703 présents au départ.

Le résultat le plus important de la Bataille de Bir Hakeim, c’est le ralentissement de l’offensive allemande, grâce à la résistance acharnée de la garnison de Bir Hakeim, qui a stoppé pendant quatorze jours Rommel et ses blindés sur la route du Canal de Suez. Ce retard, qui va permettre à la 8e armée britannique de s'échapper vers El Alamein et de s’y fortifier, a constitué un succès stratégique décisif. Et ce alors même que, peu après, le 21 juin, Rommel s'empare, en effet, sans difficulté de Tobrouk, malgré sa garnison britannique de 35 000 hommes 

Sa poursuite de la 8e armée continue, et Rommel s'empare encore de Marsa-Matruh avant d'arriver devant El Alamein, à 160 km d'Alexandrie. Mais les divisions italiennes ne possèdent alors plus que 30 chars, et les allemandes que 58 chars, et très affaiblies, ne parviendront pas à percer cette nouvelle ligne de défense. Les Britanniques, qui ont reçu le renfort de cinq divisions fraîches dont une blindée, vont tenir leurs positions malgré de lourdes pertes. Ainsi va être arrêté, une fois pour toutes, l’Afrika Korps dans sa marche vers Alexandrie, Le Caire et le canal de Suez. Le 23 octobre 1942, Montgomery déclenchera alors une offensive qui rejettera inexorablement les forces de l'Axe jusqu'en Tunisie, où elles capituleront.

Publié dans le 20 eme siecle

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