l'affaire Toukhatchevski

Publié le par nc

les plus grands chefs de l'Armée rouge dont Toukhatchevski, le héros de la guerre civile, le principal organisateur de ladite armée, auraient organisé un complot afin de faire battre l'une des forces militaires les plus puissantes au monde ?
Membres de son entourage le plus étroit, Vorochilov, Molotov et Kaganovitch se sont empressés d'approuver et de proclamer que décidément pour ce « traître », cette « crapule », le seul châtiment possible, c'était la mort. La mort des sept chefs de l'armée ne constitue que le premier épisode d'une gigantesque purge militaire dont seront victimes trois maréchaux sur cinq, soixante-quinze des quatre-vingts membres du Conseil supérieur de la guerre ; treize sur quinze des commandants d'armée, trente-cinq mille officiers soit la moitié de l'encadrement de l'Armée rouge. Lorsque Hitler attaquera l'URSS, la capacité de celle-ci à se défendre, en sera tragiquement amoindrie.
L'image « http://www.charles-de-gaulle.org/IMG/arton876.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.

Toukhatchevski était né près de Smolensk en 1893. Militaire par vocation, il était sous-lieutenant à la veille de la guerre de 1914. Engagé sur le front de Galicie, il s'était bien battu mais avait été fait prisonnier par les Allemands en 1915. Le Russe avait tout de même réussi en 1917 à s'enfuir.  il est d'entrée du côté des bolcheviks et de Lénine. Lorsque la guerre civile éclate et que Trotski organise l'Armée rouge des ouvriers et des paysans, Toukhatchevski est naturellement de la partie. A vingt-cinq ans, il prend le commandement de la 1re Armée. Quatre années durant, il assumera tous les commandements contre les contre-offensives des Russes blancs toujours avec succès. Ce héros de la guerre civile allait poursuivre son ascension une fois la paix revenue. Tour à tour commandant de l'Académie militaire de l'Armée rouge, chef d'état-major, ministre adjoint de la Défense, responsable des armements et finalement maréchal, Toukhatchevski est connu, apprécié, admiré dans le monde entier. En 1936, l'Armée rouge est devenue une des plus fortes armées du continent. Elle est dotée d'un équipement très moderne et ses effectifs sont remarquablement aguerris . Irréprochable donc dangereux : c'est le raisonnement de Staline. C'est aussi celui de l'Allemagne hitlérienne. Car les Allemands connaissent bien le maréchal soviétique. D'abord parce qu'il a sollicité et obtenu l'aide de spécialistes allemands pour l'organisation de l'Armée rouge. Ensuite, parce qu' il a permis à la Reichswehr d'entraîner ses unités blindés et son aviation en URSS, toutes choses interdites aux Allemands par le traité de Versailles. Ceci se passait avant Hitler, avant 1933. Mais le tribunal qui condamne le maréchal et les autres chefs militaires les accuse justement d'intelligence avec l'Allemagne. Et cette accusation peut paraître à certains égards plausible. Pour autant, elle est totalement fausse : Toukhatchevski tombe victime d'une double machination. Tout commence en décembre 1936. Un certain Skobline rend visite à Berlin à Reinhard Heydrich Officiellement, il est général de l'armée blanche commandée par le général Miller, président de l'Organisation mondiale des militaires russes émigrés .  Skobline travaille pour les Allemands qui le paient grassement.  les hauts militaires allemands voudraient renverser Hitler cependant que leurs homologues soviétiques voudraient se débarrasser de Staline. D'ailleurs, les uns et les autres sont en relation  et lui, Skobline, peut en apporter la preuve. Au cours d'une réunion, le lendemain, Heydrich tire les conclusions de cet entretien  : (son plan consiste à produire suffisamment de documents prouvant que Toukhatchevski et certains de ses collègues de l'Armée rouge conspirent avec les généraux de l'OKW  pour prendre le pouvoir dans leurs pays respectifs. Nous aurons besoin d'un dossier bien fourni de lettres avec des signatures auxquelles  graveur aura su donner un parfait caractère d'authenticité. Des photographies de ces documents seront vendues aux Russes et nous ferons en sorte de les convaincre que les originaux paraissent avoir été volés dans les dossiers du SD. Nous devons également donner l'impression que nous menons une enquête sur la trahison de nos propres militaires. Si Staline obtient ce dossier par l'entremise de son propre service secret et s'il se persuade qu'il est authentique, il brisera Toukhatchevski ). Quelques jours plus tard, le vrai-faux dossier comprend quelque trente-deux pages auxquelles on a ajouté, pour faire bonne mesure, une photo de Trotski entouré de fonctionnaires allemands. Communiquer ledit dossier aux Soviétiques par le truchement d'un vrai-faux traître allemand particulièrement à cour d'argent, n'est plus qu'un jeu d'enfant. Les Allemands exultent : ils ont tort ! Dans cette affaire, ils ont entièrement été manipulés par le NKVD soviétique. Car le Russe blanc Skobline, l'obligeant agent des services secrets allemands, est en réalité un agent soviétique depuis 1930 ! Et s'il est venu voir Heydrich, c'est sur ordre de Staline. D'ailleurs, à peu près à la même époque, il livre son supérieur russe blanc, le général Miller au NKVD.  les services allemands manipulés par les Soviétiques, s'en sont fait les auxiliaires zélés. Staline tient Thoukatchevski et il ne le lâchera pas. On connaît la suite. Les historiens ont cherché à comprendre les motivations profondes de Staline.  De nombreuses raisons ont été avancées. Il est vrai que les hauts responsables militaires n'avaient guère apprécié les purges staliniennes l'année précédente et ils avaient été jusqu'à les critiquer. il est incontestable que Toukhatchevski était en désaccord avec Staline sur un point : les relations avec l'Allemagne hitlérienne. Le maréchal penchait pour une guerre préventive contre le régime nazi, avec l'aide des Anglais et des Français. Les premiers n'avaient pas voulu l'entendre ; les seconds étaient enfermés dans leur concept stratégique ultradéfensif. Le maréchal avait fait lors d'une réunion du Soviet suprême une vigoureuse intervention mettant en garde les dirigeants russes contre le danger allemand. Or Staline songeait déjà sérieusement à une entente avec Hitler, entente qui se traduira en 1939 par le pacte germano-soviétique. C'est alors que Staline décide de décapiter l'état-major de l'Armée rouge. Et Skobline vient rendre visite à Heydrich. Abattre Toukhatchevski ? Un jeu d'enfants aux conséquences tragiques.  le général Gorbatov racontait son arrivée au front en 1941. L'Armée rouge était en pleine débâcle

Publié dans le 20 eme siecle

Commenter cet article