le 6 fevrier 1934 place de la concorde

Publié le par nc

Le mardi 6 février 1934 au matin, la France est sous haute tension. Le Gouvernement formé par Edouard Daladier le 30 janvier, après la démission de Camille Chautemps sur l’affaire Stavisky, se présente devant l’Assemblée et sollicite l’investiture. L’ensemble des mouvements politiques de la droite extrême – l’Action Française, les diverses ligues qui prolifèrent depuis quelques années – ont appelé leurs militants à descendre dans la rue. La Place de la Concorde, face au Palais Bourbon, est l’un des lieux de rassemblement fixés. Depuis des semaines, Paris est, certes, habitué à de telles manifestations, quasi quotidiennes, où s’affrontent les militants des ligues et la police parisienne. Mais, pour ce jour-là, la mobilisation promet d’être particulièrement forte. Les organisations d’anciens combattants – y compris l’ARAC, de sensibilité communiste - ont appelé leurs très nombreux membres à protester. Toutes les forces politiques hostiles au Gouvernement ont appelé à l’action. L'image « http://www.herodote.net/Images/fevrier1934.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.

  le mécontentement, et même la colère de l’opinion atteignent un tel degré c’est surtout, en raison de la crise économique et sociale et de l’apparente impuissance gouvernementale. Après dix années de prospérité consécutives à la guerre, la grande crise économique et financière partie des USA en 1929, vite ressentie en Allemagne et en Grande-Bretagne, a, dans un premier temps, semblé épargner la France. Le monde rural, bien plus important dans notre pays, et une industrie moins dépendante du commerce extérieur ont d’abord amorti le choc. Mais, bien vite, il faut déchanter. En 1931, la Grande-Bretagne dévalue de 30 % sa monnaie et, en 1933, le dollar est détaché de l’or. La France, elle, pays d’épargnants, s’accroche à la valeur de sa monnaie. Le résultat est qu’elle perd des marchés dans le monde, que les prix s’effondrent, celui du blé notamment, les salaires baissent, le chômage se répand. La crise économique, dès lors, s’installe et génère un climat de mécontentement général. Pour affronter ces circonstances difficiles, les institutions paraissent à beaucoup inadaptées : la toute puissance d’un parlement sans majorité cohérente et durable conduit à l’instabilité gouvernementale ; dans les vingt mois précédant l’arrivée au pouvoir de Daladier, cinq gouvernements se sont succédés. Même si, en réalité, les mêmes hommes se succèdent aux postes clés, le sentiment de l’impuissance de l’Etat à forme républicaine et à gouvernement parlementaire gagne du terrain.

 C’est dans ce climat que va se dérouler la manifestation du 6 février. Elle est d’abord un mouvement de mécontentement, mais le ton des appels et les objectifs de certains de ses promoteurs laissent craindre un dérapage insurrectionnel. Pendant que se déroule le débat sur la confiance au Palais Bourbon, la foule s’agglutine sur la Place de la Concorde, des groupes s’approchent du Parlement par la rive gauche, d’autres sont à proximité de l’Elysée et provoquent un début d’incendie au Ministère de la Marine. Les Forces de l’Ordre ont reçu du Ministre de l’Intérieur Eugène Frot des consignes de fermeté. En fin de journée, des fusillades éclatent. Elles se poursuivent dans la nuit. Des heurts très violents se produisent et, à plusieurs reprises, des manifestants paraissent en mesure de prendre le contrôle du Pont de la Concorde. Au matin , on comptera 13 morts, tués par balles. D’autres victimes, blessées, décèderont ultérieurement. Les incidents qui auront lieu dans la soirée du 7 février, la manifestation communiste du 9 février et la manifestation des syndicats, de la SFIO et du Parti Communiste du 12 février feront également plusieurs victimes.

 Le 7 février, la France est sous le choc. Le Gouvernement, lui, a obtenu largement la confiance de l’Assemblée. Au petit matin, plusieurs de ses membres, dont Eugène Frot, préconisent une attitude de fermeté dans le maintien de l’ordre, l’arrestation des meneurs, l’état de siège s’il le faut. Mais, après consultation des dirigeants politiques et notamment des chefs radicaux, à la mi-journée, Daladier fait connaître sa démission dans un souci de pacification des esprits. En fin de matinée, le Ministre de l’Intérieur lui-même s’est rallié à cette  position : les Renseignements Généraux lui ont donné des informations très alarmistes et il craint d’être amené à faire donner la Troupe si le Gouvernement se maintient. L’ancien président de la République, Gaston Doumergue, est rappelé aux affaires avec la caution d’Herriot, dirigeant radical rival d’Edouard Daladier, et constitue un Cabinet de centre droit. Il gouvernera huit mois.

 L’enquête sur le déroulement des événements menée par la commission parlementaire ne parviendra pas à établir l’origine des premiers coups de feu ; elle conclura qu’il n’y a pas eu d’ordre identifiable d’ouverture du feu du côté des Forces de l’Ordre

Publié dans le 20 eme siecle

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