krach d'octobre 1987

Publié le par henri

À la fin de 1979, le nouveau gouverneur de la banque centrale américaine, Paul Volcker, décide d'une violente remontée des taux d'intérêt pour combattre l'inflation. Le remède est sévère : pour une inflation moyenne de 13.5% en taux annuel en 1980, les taux d'intérêt à court terme montent jusqu'à 19%. Les taux d'intérêt réels atteignent des sommets sans précédent et, au prix d'une sévère récession, l'inflation disparaît : en 1983, elle n'est plus qu'à 3.2%. Ces taux d'intérêt réels provoquent un afflux de capitaux aux États-Unis, et le dollar s'apprécie pendant cinq ans, jusqu'à revenir, en mars 1985, au niveau qu'il avait lorsqu'il était, avant 1971. Compte tenu des déficits américains les pouvoirs publics ne peuvent plus s'abstenir de réagir.
À l'Hôtel Plaza de New York, le 22 septembre 1985, les pays dits du G7 s'entendent publiquement pour intervenir sur le marché des changes et organiser un repli du dollar. 10 milliards de dollars sont ainsi dépensés, avec un effet immédiat et spectaculaire. En à peine quinze mois, fin de 1986, il se retrouve à son plus bas niveau historique, celui de 1979.
Désireux de stopper le mécanisme qu'ils ont mis en route mais dont la maîtrise maintenant leur échappe, les pays du G7, signent alors à Paris le 22 février 1987 les Accords du Louvre, destinés cette fois-ci à mettre fin à la baisse du dollar.
Seulement, l'économie américaine, dopée par cette dépréciation de près de 50% de sa devise, est en plein boom, les marchés d'actions s'envolent et les tensions inflationnistes deviennent inévitables

A partir de janvier 1987, les taux d'intérêt des emprunts d'État à long terme commencent ainsi à remonter. De 7% en janvier, les taux des T-Notes à 10 ans passent à 9.50% à la fin du mois de septembre.
Au printemps 1987, les marchés obligataires du monde entier commencent à vivre les yeux rivés sur le déficit commercial américain. Chaque publication de données statistiques montrant un accroissement du déficit, ce qui accroît la pression à terme sur le dollar, donne lieu à une plongée des cours des emprunts d'État, c'est-à-dire une remontée de leurs taux.
Si les gestionnaires obligataires sont un peu en avance sur le calendrier, ils n'ont absolument pas tort dans leur raisonnement, car le nouveau gouverneur de la Fed, Alan Greenspan, nommé le 11 août 1987, va effectivement, l'année suivante, remonter violemment les taux à court terme : de 6,50% à l'été 1988, ils passeront à 10,50% au printemps 1989.
Les positions que les gestionnaires obligataires ont constituées, depuis 1984-85, à la baisse des taux d'intérêt sont néanmoins tellement importantes qu'ils doivent réduire celles-ci sans attendre, et ce d'autant plus que les taux remontent en annulant une partie grandissante des gains déjà engrangés.
La portfolio insurance est un système d'immunisation de portefeuille
Il s'agit d'adjoindre à un investissement en actions un put, c'est-à-dire une option de vente, sur les mêmes actions. Le rendement sera, moins important en cas de hausse ou de stagnation des marchés d'actions, mais en cas de baisse du marché, les effets de celle-ci seront stoppés net au niveau du prix d'exercice du put.
Le problème, c'est qu'au milieu des années 1980, le marché des options sur actions était peu développé et fort peu concurrentiel. En conséquence, les nombreux gestionnaires de portefeuille actions qui avaient choisi la portfolio insurance n'achetaient pas de puts mais les émulaient en couvrant le delta en action.
La brusque augmentation des deltas à couvrir avec la chute des cours a ainsi amené des ordres de vente générés automatiquement qui ont amplifié considérablement la chute des marchés et amené une augmentation des deltas à couvrir et ainsi de suite.

Les marchés d'actions avaient dans un premier temps accueilli avec plaisir la hausse des taux d'intérêt à long terme, qui abondait dans leur sens et les confortait dans leur optimisme.
Néanmoins, à partir d'un certain niveau, les taux d'intérêt deviennent, à un horizon de plus en plus rapproché, un frein à l'investissement et à la croissance économique et, surtout, sont immédiatement incompatibles avec les niveaux de valorisation des actions.
C'est le 19 octobre que le krach, devenu inévitable, arrive sur les marchés d'actions, très agités depuis la mi-août et le sommet atteint alors. Le vendredi 16 octobre le Dow Jones perd plus de 4% dans la journée et "casse" un support technique important.
À la réouverture de la bourse le lundi, après le week-end, l'annonce d'un déficit commercial important des États-Unis et le relèvement des taux directeurs de la banque centrale allemande, la Bundesbank, causent un mouvement de panique.
Ce mouvement se produit dans un volume tout à fait significatif : en 2 jours, le 19 et le 20 octobre, 600 millions d'actions auront été échangées (ce qui représente plus de 3 fois l'activité du mois de septembre de la même année).
Cette chute est certes américaine à l'origine, mais mondiale dans ses effets. C'est ainsi qu'au cours du mois d'octobre la baisse des indices boursiers locaux a été de :
    - 45,8% à Hong Kong
    - 41,8% en Australie
    - 26,4% au Royaume-Uni
    - 22,5% au Canada

Contrairement à 1929, ce krach n'a pas été suivi d'une crise économique, les taux à long terme s'effondreront dès le lendemain et les marchés d'actions regagneront progressivement le terrain perdu.
Les Banques Centrales ont réagi à l'inverse de 1929. Menées par la Réserve fédérale des États-Unis, ou Fed, elles ont assuré publiquement, avec force, qu'elles effectueraient le refinancement d'urgence des banques et maisons de titres qui en feraient la demande.
Parmi les conséquences de ce krach, on notera la mise en place de coupe-circuits, à la demande du Congrès américain, effectifs dès 1988, qui permettent de bloquer toute négociation sur des titres qui ont soit trop augmenté soit trop baissé. Ainsi, dans l'esprit des instigateurs de ces coupe-circuits, les crises de panique ou de frénésies boursières peuvent être mieux contenues.

Le 19 octobre 1987 a démontré aux ministres des finances du G7 qu'il était dangereux de vouloir bloquer un mouvement du dollar.

Publié dans le 20 eme siecle

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