transformation de paris sous le second empire

Publié le par henri

Au milieu du XIXe siècle, le centre de Paris a gardé la même structure qu'au Moyen Âge. Un entrelacs de rues minuscules, les immeubles s'entassent dans une insalubrité. Les pouvoirs successifs ont repoussé progressivement les enceintes jusqu'à l'emplacement du périphérique actuel, mais ils n'ont pas pu toucher au cœur de la capitale.
Sous la Révolution française, en 1794, une « Commission des artistes » réalise un plan qui propose de nouvelles percées dans Paris.

Napoléon Ier aménage une rue monumentale le long du jardin des Tuileries. C'est la rue de Rivoli, que le Second Empire prolongera jusqu'au Châtelet et à la rue Saint-Antoine. Il met aussi en place un outil juridique : la servitude d'alignement par laquelle les propriétaires ne peuvent rénover ou reconstruire les immeubles qu'en reculant leur façade derrière une ligne fixée par l'administration.
À la fin des années 1830, le préfet Rambuteau constate les embarras de la circulation et les problèmes d'hygiène qui se posent dans les vieux quartiers surpeuplés. Il trace une première grande percée dans le centre de Paris, mais le pouvoir de l'administration est limité par les normes d'expropriation. La loi du 3 mai 1841 s'efforce de les faciliter.
C'est sur la base de ces expériences que le Second Empire optera pour une politique massive d'expropriation et de percées, beaucoup plus coûteuse que le système de la servitude d'alignement mais d'une redoutable efficacité.
Président de la République depuis 1848, le neveu de Napoléon Ier devient empereur le 2 décembre 1852 après le coup d'État de l'année précédente.
Napoléon III a la volonté de moderniser Paris. Il a vu à Londres un pays transformé par la Révolution industrielle et une grande capitale pourvue de grands parcs et de réseaux d'assainissements. Il reprend les idées de Rambuteau. Sensible aux questions sociales, il veut améliorer les conditions de logement des classes pauvres. Il s'agit enfin pour l'autorité publique de mieux contrôler une capitale dont les soulèvements populaires ont renversé plusieurs régimes depuis 1789. Pour mettre en œuvre ces ambitions, le nouvel empereur dispose d'un pouvoir fort, capable de passer outre à toutes les résistances, ce qui manquait à ses prédécesseurs.
Georges Eugène Haussmann, homme d'action rigoureux et organisé, est nommé préfet de la Seine en 1853. Les deux hommes formeront un tandem efficace. L'empereur soutiendra le préfet contre ses adversaires jusqu'en 1870. Haussmann, quant à lui, se montrera fidèle en toute circonstance.
victor de Persigny, ministre de l'Intérieur s'occupe des montages financiers avec l'aide des frères Pereire. Jean-Charles Alphand s'occupe des parcs et des plantations avec le jardinier Jean-Pierre Barillet-Deschamps. Ainsi que le service du Plan de Paris, dirigé par l'architecte Deschamps, qui trace les nouvelles voies et contrôle le respect des règles de construction
les travaux d'Haussmann seront décidés et encadrés par l'État, mis en œuvre par les entrepreneurs privés et financés par l'emprunt.
Dans un premier temps, l'État exproprie les propriétaires des terrains concernés par les plans de rénovation. Puis il détruit les immeubles et construit de nouveaux axes avec tous leurs équipements (eau, gaz, égouts). Haussmann a recours à des emprunts massifs pour trouver l'argent nécessaire à ces opérations, soit de 50 à 80 millions de francs par an. À partir de 1858, la Caisse des travaux de Paris est l'outil privilégié du financement. L'État récupère l'argent emprunté en revendant le nouveau terrain sous forme de lots séparés à des promoteurs qui doivent construire de nouveaux immeubles en se conformant à un cahier des charges précis.
Mais les emprunts massifs de la Caisse creusent une dette qui s'élève à 1,5 milliards de francs en 1870 et contribue à décrédibiliser les grands travaux. Haussmann bénéficie d'un cadre législatif et réglementaire aménagé pour faciliter les travaux et assurer l'homogénéité des nouvelles artères.
Le décret du 26 mars 1852 relatif aux rues de Paris, adopté un an avant la nomination d'Haussmann, met en place les principaux outils juridiques


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Les pouvoirs publics interviennent à la fois sur le gabarit des immeubles par la voie réglementaire, et sur l'aspect esthétique même des façades par le moyen des servitudes :
- le règlement de 1859 permet de faire monter les façades jusqu'à 20 mètres de hauteur dans les rues de 20 mètres de largeur qu'Haussmann est en train de percer. Les toits doivent toujours s'inscrire sous une diagonale à 45 degrés.
- la construction d'immeubles le long des nouvelles voies est soumise à des conditions particulières sur l'aspect des façades. L'utilisation de la pierre de taille est obligatoire sur les nouveaux boulevards.
Le rôle capital joué par les architectes voyers, chargés de la gestion de la voirie, marque l'importance prise par les ingénieurs au sein des grands corps de l'État.
On détruit 20 000 maisons pour en construire plus de 40 000 entre 1852 et 1870. Certaines de ces opérations d'urbanisme se poursuivront sous la Troisième République. Paris absorbe en 1860 ses faubourgs jusqu'à l’enceinte de Thiers en 1844. Les douze anciens arrondissements laissent la place à vingt nouveaux arrondissements.
Haussmann va effectuer un réseau de percées nouvelles de 20 et même 30 mètres. Le réseau des artères haussmanniennes et post-haussmanniennes constitue, aujourd'hui encore, l'ossature du tissu urbain parisien.
De 1854 à 1858, Haussmann met à profit la période la plus autoritaire du règne de Napoléon III pour transformer le centre de paris en y perçant une croisée gigantesque.

La construction de l'axe nord-sud, du boulevard de Sébastopol au boulevard Saint-Michel forme une grande croisée au niveau du Châtelet avec la rue de Rivoli.
Pendant ce temps, Baltard aménage les Halles, projet lancé par Rambuteau, tandis que l'Île de la Cité est en grande partie rasée et réaménagée. Ses ponts sont reconstruits ou font l'objet de travaux importants.

Haussmann complète cette grande croisée par des axes qui relient la première couronne de boulevards au centre.
il poursuit l'œuvre de Louis XIV. Il élargit les grands boulevards et construit ou planifie de nouveaux axes à grand gabarit.
Le boulevard Haussmann et la ligne droite de la rue La Fayette, réalisés partiellement avant 1870, assurent une meilleure desserte du quartier de l'Opéra à partir des arrondissements extérieurs. Le boulevard Voltaire facilite le contournement du centre à partir de la place de la Nation.
Sur la rive gauche, comme les boulevards qui passent par la place d'Italie, la place Denfert-Rochereau et Montparnasse sont trop éloignés du centre, l'idée d'une autre traversée est-ouest s'impose. Dans les dernières années de son mandat, Haussmann commence à aménager les arrondissements créés sur l'emplacement des communes annexées en 1860. Il crée ainsi une très longue voie sinueuse qui dessert les 19e, 20e et 12e arrondissements. Les quartiers ouest bénéficient d'une opération de prestige : douze avenues, pour la plupart construites sous le Second Empire, se rejoignent à la place de l'Étoile.

D'autres axes tels que l'avenue Daumesnil ou le boulevard Malesherbes permettent de traverser ces arrondissements en direction du centre.
L'interconnexion entre les grands boulevards impose la création de places à leur mesure. Le Châtelet, aménagé par Davioud, est le carrefour entre les deux grands axes traversant Paris du nord au sud et de l'est à l'ouest. Les travaux d'Haussmann aménagent d'autres grandes places à travers tout Paris : place de l'Étoile, place Léon-Blum, place de la République, place de l'Alma.
Haussmann fait construire la gare de Lyon en 1855 et la gare du Nord en 1865.
Napoléon III et Haussmann ponctuent la ville de réalisations de prestige. Charles Garnier construit l'Opéra et Gabriel Davioud conçoit deux théâtres symétriques sur la place du Châtelet. L'Hôtel-dieu, la caserne de la Cité et le tribunal de Commerce remplacent les quartiers médiévaux de l'Île de la Cité. Chacun des vingt nouveaux arrondissements reçoit sa mairie.
Ils prennent soin d'inscrire ces monuments dans la ville en ménageant de vastes perspectives. La rénovation de Paris se veut globale. L'assainissement des logements implique une meilleure circulation de l'air mais aussi un meilleur approvisionnement en eau et une meilleure évacuation des déchets.
Haussmann confie à l'ingénieur Belgrand la réalisation d'un nouveau système d'alimentation en eau de la capitale, qui aboutira à la construction de 600 kilomètres d'aqueduc entre 1865 et 1900. À l'intérieur de la capitale et à côté du parc Montsouris, Belgrand érige le plus grand réservoir d'eau du monde pour recevoir l'eau de la Vanne.
L'évacuation des eaux usées et des déchets va de pair avec l'adduction d'eau potable. c'est le Second Empire qui donne l'impulsion décisive à la modernisation du réseau des égouts de Paris. La loi de 1852 impose le raccordement des immeubles à l'égout lorsque la rue en comporte un. Les rues qui n'en ont pas vont bénéficier de l'installation d'un réseau d'égout entièrement visitable : plus de 340 kilomètres d'égouts sont construits sous la direction de Belgrand entre 1854 et 1870.
Ces deux réseaux, étendus et perfectionnés au cours des époques suivantes, sont toujours en place aujourd'hui.

Napoléon III réorganise aussi la distribution du gaz dans Paris. En 1855, il confie une concession à une compagnie unique tout en conservant la maîtrise des prix.
Dans le même temps, Haussmann confie à Davioud la mise au point d'un mobilier urbain encore largement présent de nos jours sur les trottoirs et dans les jardins de la capitale.
Séduit par les vastes parcs londoniens, Napoléon III confie à l'ingénieur Jean-Charles Alphand, futur successeur d'Haussmann, la création de plusieurs parcs et bois. Le bois de Boulogne et le bois de Vincennes bordent la ville à l'ouest et à l'est. À l'intérieur de l'enceinte de Thiers, le parc des Buttes-Chaumont, le parc Monceau et le parc Montsouris offrent des promenades aux habitants des quartiers trop éloignés des grands bois extérieurs. Chaque quartier reçoit aussi des petits squares, tandis que des rangées d'arbres bordent les avenues.
D'autre part les critiques dénoncent, dès les années 1850, les effets des rénovations sur la composition sociale de Paris. D'une manière un peu schématique, on trace un portrait de l'immeuble parisien pré-haussmannien comme synthèse de la hiérarchie sociale parisienne : bourgeois au deuxième étage, fonctionnaires et employés aux troisième et quatrième, petits employés au cinquième, gens de maison, étudiants et pauvres sous les combles. Toutes les classes sociales se côtoyaient ainsi dans le même immeuble. Cette cohabitation, qui doit bien entendu être nuancée selon les quartiers, a disparu en grande partie après les travaux d'Haussmann. Ceux-ci ont eu deux effets sur le plan de la répartition de l'habitat dans Paris :
- les rénovations du centre-ville ont entraîné une hausse des loyers
- certains choix d'urbanisme ont contribué à déséquilibrer la composition sociale de Paris entre l'ouest, et l'est
Haussmann met en avant la création, très complexe, du bois de Vincennes, destinée à fournir aux populations d'ouvriers une promenade comparable au bois de Boulogne.

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À la fin des années 1860, le système de financement ne fonctionne plus bien. L'annexion des communes environnantes en 1860 a coûté cher : les travaux à réaliser dans ces quartiers suburbains sont plus importants que dans le centre-ville, déjà pourvu de certains équipements. Les budgets prévus au départ sont largement insuffisants.
Haussmann est finalement renvoyé au début de 1870, quelques mois avant la fin du Second Empire qu'il a accompagné pendant toute sa durée. Les dettes contractées seront finalement résorbées assez rapidement sous la Troisième République.

La réglementation et les servitudes imposées par les pouvoirs publics favorisent la mise en place d'une typologie qui mène à son terme l'évolution classique de l'immeuble parisien vers la façade caractéristique du Paris haussmannien
- rez-de-chaussée et entresol avec mur à profonds redans ;
- deuxième étage « noble » avec un ou deux balcons ; troisième et quatrième étage dans le même style mais avec des encadrements de fenêtre moins riches ;
- cinquième étage avec balcon filant, sans décorations ;
- combles à 45 degrés.
Les transformations haussmanniennes ont amélioré la qualité de vie dans la capitale. De grandes épidémies, notamment celles de choléra, disparaissent, la circulation est améliorée, les nouveaux immeubles sont mieux construits et plus fonctionnels que les anciens. Mais n'étant intervenu que ponctuellement sur les quartiers anciens, des zones d'insalubrité demeurent.


Image:LOperaParis.jpg

Publié dans le 20 eme siecle

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